"Si tu penses bien" : Géraldine Nakache explore l'emprise conjugale et la radicalité religieuse







Critique de ‘Si tu penses bien’

Avec ce thriller psychologique et pamphlet contre une interprétation dévoyée de la religion à des fins d’instrumentalisation, Géraldine Nakache réussit son incursion dans un genre dramatique. 

Temps de lecture : 4 min


Monia Chokri et Niels Schneider dans le film "Si tu penses bien" de Géraldine Nakache, en salle le 16 septembre 2026.
Monia Chokri et Niels Schneider dans le film « Si tu penses bien » de Géraldine Nakache, en salle le 16 septembre 2026.

Après trois comédies, Tout ce qui brille (2009), Nous York (2011) et J’irai où tu iras (2018), Géraldine Nakache change de registre avec son quatrième film qui raconte une histoire d’emprise conjugale. Présenté au Festival de Cannes en mai, Si tu penses bien, avec Monia Chokri et Niels Schneider, sort dans les salles le 16 septembre.

Gil, en voyage à Dubaï pour se changer les idées après la mort de sa cousine, rencontre Jacques, un juif pratiquant qui lui-même se remet difficilement de la mort de son frère. C’est le coup de foudre. Gil tombe enceinte très vite et décide, à l’initiative de Jacques, de garder l’enfant.

Un passage devant le rabbin, et les voilà mariés. Leur fille Thaïs voit le jour, et la famille s’installe à Fontainebleau, dans une belle et grande maison sans voisins. Gil, croyante mais peu pratiquante, se plie à la demande de son mari, très pieux, aux exigences de la religion juive. Elle suit scrupuleusement les rites imposés, comme le mikvé, un bain de purification qu’elle accomplit tous les mois, et s’arrête de travailler pour s’occuper de sa fille. Ils ont tout pour être heureux, et pourtant…

Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien !. La phrase est prononcée par le rabbin au tout début de l’idylle et résonne sur toute cette histoire comme un mantra. Mais que signifie bien penser? Penser selon les principes et les lois d’une religion, penser comme son mari? Pour Jacques, les deux se confondent. La religion, avec son obsession de donner à sa famille le bonheur et la sécurité, sert de support à son désir de soumettre sa femme, qu’il coupe de sa famille, de ses amis, qu’il met sous surveillance, et qu’il finit rapidement par insulter.

Comme Maïwen avec Mon roi, ou encore Valérie Donzelli dans L’amour et les forêts, adapté du roman éponyme d’Éric Reinhardt, Géraldine Nakache raconte une histoire d’emprise, classique, en relatant chaque étape d’un processus qui se déroule presque toujours selon le même schéma. En tant que femme et réalisatrice, j’ai éprouvé le besoin d’éclairer, dans une fiction pour le cinéma, cette toile d’araignée que tisse l’emprise, et l’état de confusion dans lequel elle plonge les femmes au sein des couples concernés, explique Géraldine Nakache dans la présentation de son film.

Le film ajoute néanmoins une singularité à cette thématique, en y intégrant la dimension religieuse, qui offre, lorsqu’elle est pratiquée de manière radicale, un cadre propice à l’expression des rapports de domination masculine, et donne ici au mari des armes supplémentaires, sous forme d’arguments, pour soumettre sa femme. Ta foi ne vaut pas plus que la mienne, déclarera Gil une fois libérée du joug de son mari.

Dans une narration chapitrée, qui nous invite à découvrir le sens de certains chiffres et textes dans la religion juive, la réalisatrice fait des allers-retours entre le présent et le passé
FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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