"Violences passées : un ancien élève d'une école religieuse témoigne après 50 ans". El






Témoignage de Christian sur les violences subies à l’école

C’est un témoignage rare. Âgé aujourd’hui de 60 ans, Christian n’a jamais évoqué les violences physiques et sexuelles qu’il a subies enfant alors qu’il était scolarisé dans une école religieuse de Rodez dirigée par les frères lasalliens. Un nouveau collectif lance un appel au niveau national pour recueillir la parole d’anciens élèves de cette congrégation religieuse.

Un appel aux victimes

Jusque très récemment, Christian n’avait osé parler. Raconter l’indicible. Mais aujourd’hui, à l’âge de 60 ans, cet ancien élève d’une école religieuse de Rodez accepte de livrer son témoignage pour que d’autres victimes de violences physiques et sexuelles comme lui osent rompre avec le mutisme et le silence. Il dénonce des violences institutionnelles.

Un collectif national incite aujourd’hui les victimes à s’exprimer. Des faits de violences et d’abus sexuels auraient été commis dans une vingtaine d’écoles de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, appelés aussi Frères lasaliens.

Écoutez le communiqué du collectif national des victimes des frères des écoles chrétiennes (Lasalliens) ce matin au journal de 9h sur France Inter :
Adresse de contact : victimes.lasalliens@gmail.com

Les abus dénoncés

Christian n’était qu’un jeune enfant lorsqu’il intègre l’école religieuse de Rodez, mais il se souvient d’un document transmis aux familles à la rentrée. « Il y avait en début d’année une fiche remise aux familles, sur laquelle elles pouvaient cocher la case autorisant les professeurs à violenter les enfants. On était brimé, on était frappé, on prenait des coups de canne, on pouvait subir des humiliations devant toute la classe. Ça arrivait tous les jours. »

Soumis à cette autorité religieuse, Christian a été un jour attiré dans la chambre du frère François officiellement pour parler religion. « Je me souviens sous le prétexte d’une discussion et pour me mettre à l’aise. Nous étions assis côte à Côte sur son lit et qu’il s’est rapproché jusqu’à, au bout d’un moment, mettre sa main dans mon pantalon et caresser mon sexe. »

Agé de seulement 8 ans, Christian devient alors une proie, nourrissant le sentiment d’être choisi parmi d’autres, et donc, d’être distingué, engendrant un immense sentiment de culpabilité qui hante souvent les victimes d’abus sexuels.

Les conséquences douloureuses

Lui qui se destinait à devenir prêtre perd confiance, ne croit plus en Dieu et s’enferme dans le silence. Cet instant subi a brisé sa vie. « Le petit temps de plaisir et d’excitation qu’il a ressenti est-ce que ça valait la peine que toute ma vie je porte ce fardeau. Je compare ça à un séisme. Il y a des répliques et à certains moments cruciaux de ma vie, ces choses ont ressurgi et m’ont empêché de vivre une vie normale. »

Christian connaîtra l’échec scolaire, la tentation de l’alcool, et des relations sociales et amoureuses perturbées par ces souvenirs douloureux. Il choisira même de ne pas avoir d’enfants pour les protéger de tels gestes. « Je ne voulais pas en parler pour ne pas trahir la confiance que mes parents avaient placée dans cette institution. »

Une lutte pour la vérité

cinquante ans plus tard, les faits sont prescrits et son agresseur est décédé. Aucune poursuite n’est possible. Seule une démarche pour obtenir réparation est envisageable auprès d’une commission. Cependant, selon l’association qui soutient Christian, la congrégation des frères lasalliens tente encore aujourd’hui de maîtriser la parole des victimes.

« La congrégation impose une clause de confidentialité qui fait que ces personnes qui ont libéré leurs paroles 50, 60, 70 ans après, sont recondamnées au silence et ça c’est intolérable ! » dénonce Olivier Savignac, président de l’association Parler et revivre.

En réponse aux accusations, la congrégation des frères des écoles chrétiennes qui compte aujourd’hui en France 150 écoles, réfute toute affirmation faisant état d’existences actuelles de « réseaux » criminels au sein des établissements lasalliens. Dans un communiqué datant du 5 février 2026, elle a déclaré qu’elle coopérera pleinement avec les autorités judiciaires concernant une plainte déposée en novembre 2025.

Si aujourd’hui l’association affirme que le collège Saint Joseph La Salle de Rodez prône des valeurs éducatives et bienveillantes envers les élèves, elle incite les victimes des Frères lasalliens à briser la loi du silence. Christian commence à le faire.

(Propos recueillis par N. Rougeau et L. Tazelmati)



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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