Serge Joncour, le 7 juillet 2026, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)






Entretien avec Serge Joncour

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Mardi 15 septembre 2026, l’auteur Serge Joncour publie « Une histoire d’amours », aux éditions Albin Michel.

Publié . Temps de lecture : 4 min

Serge Joncour, le 7 juillet 2026, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)
Serge Joncour, le 7 juillet 2026, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Chez Serge Joncour, les hommes pensent souvent qu’ils ont choisi l’endroit où ils vivent. Puis il y a une forêt, une ferme, une terre qui se rappelle à eux et ils découvrent que le monde était là avant eux. Dans son nouveau roman, Une histoire d’amours, il pose la question : Qu’est-ce qui tient quand tout autour de nous devient plus fragile ? Franck et Léa quittent Paris pour s’installer dans un hameau aux confins du Morvan. Ils y rencontrent Joss et Kelly, sa compagne. Sa présence fascine Franck autant qu’elle le bouleverse. Franck, illustrateur en mal d’inspiration, se passionne pour une mystérieuse chapelle des amants. Avec Kelly, il commence à en chercher le secret et, en fouillant le passé, une autre histoire resurgit. Celle de Joséphine, aristocrate des Terres d’eau, et de Rodolphe, modeste officier de santé, qui, deux siècles plus tôt, vont s’aimer malgré ce qui les sépare : leur condition et leur époque.

Un regard sur le romantisme

franceinfo : Le mot romantique vous agace-t-il si je l’emploie à votre sujet ?

Serge Joncour : Oh non, pas du tout ! En plus, je l’étais d’une façon un peu passionnée et passionnelle pendant l’adolescence. J’ai créé pour moi-même une sorte de revival du romantisme dans la mesure où j’y vois avant tout un rapport à la nature. Je suis un peu rousseauiste quelque part et ça, c’est quelque chose qui ne m’a pas quitté. Ce regard sur la nature, ce besoin de m’y replonger. Parfois, j’y reste trois mois, parfois j’y reste deux jours. Il y a une sorte de partage entre la ville et la campagne.

Écrire comme un acte intime

Vous avez dit un jour qu’écrire, c’est se dénoncer. Qu’est-ce qu’une histoire d’amours dénonce de Serge Joncour ?

C’est peut-être ce double rapport à la fois citadin et urbain. C’est comme si j’avais deux logiciels finalement. C’est peut-être ce qui fait que j’arrive à me mettre dans la peau de ces néoruraux.

« Ce que je trahis de moi, c’est une sorte de souci très intime de l’écologie, sans être militant aucunement. »

Serge Joncour

Ça trahit de moi, cette importance dans nos vies des relations humaines, de notre rapport à l’autre et parfois à une autre personne en particulier. J’ai prêté à mes personnages des situations et des choses que j’ai moi-même vécues en contrebande. Je fais passer un peu de ma vie, de mon expérience dans mes personnages.

L’amour comme manière d’habiter le monde

Vous posez la question : « Et si l’amour était la plus tenace façon d’habiter le monde ? »

Sinon ça renvoie à la solitude totale. J’ai vu l’image de la solitude en venant jusqu’à vous, de deux personnes à des endroits différents, sur un matelas dans la rue à Paris. Là, je me disais qu’il n’y a pas d’amour là-dedans. Ils n’ont pas été aimés, ils ont été rejetés. À partir de là, on se retrouve dehors quand il n’y a plus d’amour. En l’absence de toute marque de tendresse, d’affection, on se retrouve nu et dehors. C’est une sorte de hantise en moi qui pour le coup m’habite.

Les débuts de l’infidélité

Ce qui est très juste dans le livre, c’est que le bouleversement commence avant qu’il ne se passe quoi que ce soit. L’infidélité commence-t-elle bien avant les gestes ?

Oui, car là, ce n’est pas une pulsion de désir sexuel. C’est avant tout un sentiment d’être compris par l’autre. C’est ce qui m’intéressait de décrire chez Franck et Kelly. Elle découvre qu’un homme peut avoir de l’humour, être apaisé alors qu’elle vit avec un homme un peu rude. Franck découvre une femme qui est aide à domicile, un métier fait de bienveillance. Lui ne perçoit pas cela chez Léa avec qui il vit.

La nature, personnage central

Chez vous, la nature n’est jamais un décor, mais toujours le personnage central. Est-ce qu’écrire pour vous, c’est refuser de voir seulement du vert ?

Écrire, c’est décrire. Comment décrire un massif d’arbres ou de fleurs sans en connaître le nom ? Écrire, c’est recréer des décors pour les faire ressentir aux lecteurs, en intégrant ces détails que j’ai appris à reconnaître grâce à mes parents et grands-parents.

« C’est comme si je dessinais, je recréais des décors pour les faire ressentir aux lecteurs. »

Serge Joncour

L’évolution de la perception de l’amour

Vos personnages sont rarement exemplaires. Avec l’âge, êtes-vous devenu plus inquiet du monde et plus confiant dans l’amour ?

Inquiet, je l’ai toujours été un peu avec des phases de rémission, d’insouciance. Ça ne dure pas longtemps, mais l’amour, c’est une valeur solide qui dure à travers nous, par nos enfants. C’est peut-être la seule chose dont on est sûr qu’elle existera toujours.



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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