Le cinéma sud-coréen Les films d’Im Kwon-taek, Park Chan-wook, Hong Sang-soo, Bong Joon-ho, Lee Chang-dong ou encore Na Hong-jin, dont le film Hope (en salles le 28 octobre prochain) illustre assez bien les multiples visages du cinéma sud-coréen, n’ont presque plus de secrets pour nombre de cinéphiles en France et en Europe. Leurs œuvres racontent aussi bien un pays que le dynamisme d’un secteur. Il s’est épanoui en combattant la censure pendant la période coloniale japonaise et sous la dictature militaire. Alors que les deux pays célèbrent le 140e anniversaire de leurs relations diplomatiques, la France a invité la Corée du Sud à présider avec elle, le sommet Lumière qui se tient le 7 septembre à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. Ambition affichée de ce « premier » rendez-vous international du genre : penser « une nouvelle forme de coopération » pour l’image animée avec « le même sérieux que celui dont nous avons fait preuve dans les domaines du commerce, du climat et de la sécurité« , a plaidé Emmanuel Macron dans une tribune publiée à la veille de la rencontre dans Variety. Comme l’industrie cinématographique mondiale aujourd’hui, celle de la Corée du Sud, centenaire depuis 2019, a connu des bouleversements qui en font un exemple de résilience. « Le chemin parcouru par le cinéma coréen pour devenir une réussite de renommée mondiale n’a pas été sans embûches. Il a dû survivre à de nombreuses menaces externes et internes, ainsi qu’à des moments de crise », rappelait en 2006 Kim Mee-hyun, directrice en charge de la recherche au Conseil coréen du film (Kofic) dans l’anthologie Korean cinema (Le cinéma coréen). Voici quelques-unes des singularités de ce cinéma sud-coréen qui continue d’être un objet d’étude. Une industrie façonnée par l’abolition de la censure « L’abolition des restrictions et de la censure », constitue « la plus grande réussite de l’industrie cinématographique coréenne », soulignait en 2006 Kim Mee-hyun, directrice en charge de la recherche au Kofic, l’équivalent coréen du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). La censure, qui prend forme en 1922, sera véritablement abolie en 2001 avec la deuxième révision de la « Film Promotion Law » (loi pour la promotion des films). Cette dernière succède, en 1996, à la « Motion Picture Law » qui datait elle-même de 1962. Le vent de démocratie qui souffle sur la Corée du Sud, au milieu des années 1980, conforte les professionnels du cinéma dans leurs revendications pour une plus grande liberté d’expression. C’est sous la présidence de Kim Dae-jung, élu en 1997, qu’elle devient une réalité. Le leitmotiv de son gouvernement : les politiques culturelles doivent « soutenir », « pas interférer ». La liberté d’expression étant indispensable à la créativité. Dans les faits, entre le début des années 90 et celui des années 2000, la production des films coréens a été multipliée par quatre, passant de 15,9 % en 1993 à 60 % en 2004. D’autant qu’au début des années 1990, le marché est dominé par les œuvres étrangères, en l’occurrence américaines, à la suite de la libéralisation de leur importation et d’une distribution directe. Elles représentaient plus de 84 % du marché en 1993 contre environ 40 % au début des années 80. Le Kofic, qui existe dans sa forme actuelle depuis 1999, veille à promouvoir la créativité cinématographique coréenne. Elle « partage la même philosophie » que le CNC, rappelle sa représentante en France, Sejeong Hahn. Un secteur financé par les grandes entreprises industrielles Le septième art coréen attire assez vite les puissants conglomérats industriels, les fameux « chaebols ». À la fin des années 1980, les vendeurs d’appareils vidéocassettes comme Samsung et Daewoo investissent dans la filière audiovisuelle pour produire des contenus nécessaires au fonctionnement de leurs produits. Leur arrivée dans l’industrie cinématographique, qui peinait depuis des années à se financer à cause de l’hégémonie croissante des œuvres étrangères, va revitaliser le secteur. Ces grandes entreprises vont continuer leur percée dans le cinéma et s’impliquent directement dans la distribution et l’exploitation, en ouvrant notamment des multiplexes dans la capitale Séoul et à Busan, la deuxième ville du pays, où se tient depuis 1996 le rendez-vous cinématographique le plus important en Asie. Ce continent est celui sur lequel s’exporte le plus le septième art coréen. Des cinéastes influencés par les films français et allemands La Strada de Fellini est le film préféré d’Im Kwon-taek. Bong Joon-ho évoque également souvent son goût pour le cinéma français. Ce tropisme européen s’apparente presque à une tradition documentée dans une thèse par l’universitaire Sora Hong. Entre 1977 et 1984, une génération d’intellectuels sud-coréens fréquente régulièrement les centres culturels européens à Séoul, notamment français et allemand, pour nourrir leur cinéphilie et échapper à la censure imposée par la dictature militaire. Ils découvrent notamment les films « de la Nouvelle Vague, de l’école impressionniste française et du cinéma expressionniste allemand » et donnent naissance à une communauté baptisée la « Munhwawon sedae » (littéralement « la génération des centres culturels »). Le cinéma comme expression artistique devient palpable pour ces jeunes étudiants. Plus tard, ils « diffusent leur cinéphilie en tant que réalisateurs, producteurs, critiques et professeurs de cinéma ». Au milieu des années 80, ceux qui sont devenus des cinéastes engagés veulent contribuer à l’évolution d’un pays dont les populations aspirent à plus de démocratie. Cette dernière sera officiellement instaurée en 1987. Ces nouveaux réalisateurs développent un courant baptisé le « Chagun yonghwa » (« petit cinéma ») dont l’une des références est le cinéma vérité français. Les films sont tournés avec des caméras de 8 mm ou de 16 mm, a contrario des 35 mm des films commerciaux. « Au cœur d’une nouvelle vague artistique et politique », conclut Hora Song, la Munhwawon sedae a facilité « la légitimation culturelle du cinéma sud-coréen ». Un cinéma découvert en Europe au milieu des années 80 Comme un écho, c’est l’Europe qui fera connaître nombre de réalisateurs sud-coréens. Leur première vitrine sur le Vieux Continent est italienne. En 1982, le Festival de Pesaro fait découvrir le cinéma sud-coréen. Deux ans plus tard, à Un Certain Regard à Cannes, est présenté Le Rouet de Lee Doo-yong, un pionnier du cinéma sud-coréen à qui le Festival du film de la Rochelle a rendu hommage en 1993. Le prolifique Im Kwon-taek, le cinéaste aux plus de 100 films, est en compétition à la Mostra de Venise, en 1987, avec La mère porteuse dont l’actrice Kang Soo-yeon remporte le prix d’interprétation. Elle décroche le même prix au Festival des 3 continents à Nantes qui mettra à l’honneur Im Kwon-taek en 1989. Plus tôt sur la Croisette, toujours à Un Certain Regard, Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l’orient de Yong-Kyun Bae est projeté. L’année suivante, une autre rétrospective est consacrée au Festival de Munich à Im Kwon-taek. En 1993, c’est au tour du Centre Pompidou à FONTE Navigation de l’article La France joue un rôle crucial pour Netflix, déclare Ted Sarandos à lapproche du sommet Le soutien du rugby : mobilisation pour aider la famille argentine de Federico Aramburu à By Julien Moreau Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs. Related Post Culture International Société Le Danemark restitue une météorite au Groenland, marquant un progrès dans la reconnaissance de Sep 11, 2026 Julien Moreau Culture Une toile de Renoir volée réclame sa restitution après avoir été spoliée à deux reprises. Sep 11, 2026 Julien Moreau Culture Société La réintégration de Rachida Dati dans la magistrature jugée inconcevable par un collectif Sep 11, 2026 Julien Moreau Laisser un commentaire Annuler la réponseVotre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *Commentaire * Nom * E-mail * Site web Enregistrer mon nom, mon e-mail et mon site dans le navigateur pour mon prochain commentaire.