Pierpaolo Piccioli : « Cette collection célèbre la modernité de Balenciaga plutôt que de





Première collection de couture de Pierpaolo Piccioli chez Balenciaga

Héritage, nouvelle génération, petites mains… Un peu plus d’un an après sa nomination, Pierpaolo Piccioli nous confie sa vision et ses émotions alors qu’il présente aujourd’hui sa première collection de couture à la Cité universitaire.

L’héritage de Balenciaga : un pilier de la couture

L’histoire de la couture ne serait pas la même sans Balenciaga. Cristobal, le fondateur espagnol et maître des maîtres, ferma la maison avec perte et fracas en 1968, car le prêt-à-porter était à sa porte. Puis Demna, qui en 2020, décida de rouvrir les salons historiques du 10, avenue George-V et de relancer l’activité avec la modernité (et la malice) que l’on sait.

C’est maintenant à Pierpaolo Piccioli, nommé directeur artistique en mai 2025, de se frotter à l’exercice. Une première au sein de la griffe dans le giron de Kering. Le Romain est loin d’être un novice en la matière puisqu’il a officié pendant seize ans chez Valentino, « la plus italienne des maisons de couture parisienne ».

Une première collection riche en émotions

Rendez-vous est donc pris avant cette grande première – qui a lieu ce jour à la Cité universitaire. PPP apparaît dans la même blouse blanche que celle des petites mains de ses ateliers, heureux et dans son élément.

Questions et réponses avec Pierpaolo Piccioli

LE FIGARO. – Pour ce premier défilé de couture Balenciaga, qu’avez-vous gardé de l’héritage de Cristobal ?

PIERPAOLO PICCIOLI. – J’ai toujours admiré l’œuvre de Cristobal Balenciaga. Dès mon premier jour au sein de cette maison, j’ai voulu m’approcher au plus près de son héritage, dans les archives qui sont traitées ici comme des trésors. J’ai voulu toucher, voir les pièces que j’ai tant observées dans les livres et les musées. Après des jours de négociations, j’ai pu habiller une fille avec l’une de ses créations. Ce qui m’a le plus surpris alors, c’est qu’au-delà de l’austérité, de l’architecture, de la précision des formes, il y a dans ses robes une légèreté inattendue, imperceptible sur les photographies. C’est à ce moment-là que j’ai compris sa méthode de travail. Toute la modernité de ses créations tient dans cette conversation avec le corps, plutôt que dans la structure ou la construction, mais dans le mouvement qu’elles permettent.

Suzy Parker en Balenciaga
Le modèle Suzy Parker en Balenciaga, photographiée à Paris en 1953. Louise Dahl-Wolfe / Bridgeman Images

Au-delà du patrimoine, des éléments contemporains ont-ils inspiré votre travail ?

Cristobal concevait ses collections comme une quête personnelle. Son style ne peut se résumer en une silhouette, comme c’est parfois le cas de ses contemporains. Il n’a cessé d’expérimenter, de perfectionner la ligne, parfois en évoluant dans différents sens au sein d’une même collection. Cette quête reste pertinente et universelle aujourd’hui.

Marcher dans les pas d’un maître a-t-il été motivant ou stressant ?

Très motivant, c’est certain. Cela a été un processus long mais intéressant. Pas du tout une expérience stressante. J’en ai apprécié chaque minute, sans doute grâce aux magnifiques ateliers de Balenciaga. J’ai beau avoir longtemps travaillé dans une autre grande maison, j’ai beaucoup appris en voyant comment les toiles réagissaient.

Quel est votre relation avec les ateliers Balenciaga ?

Depuis le premier jour, nous avons beaucoup progressé dans notre relation. Mon idée n’était pas de dire : « Voici les nouvelles règles. » Il a fallu parvenir à un état d’esprit commun. Dans la couture, la connexion avec les ateliers est essentielle. Il est important de comprendre qui sont ces petites mains et pourquoi attribuer telle robe à un tel ou un tel. C’est d’ailleurs le sujet du teaser de la collection ; j’ai préféré faire leurs portraits.

Avez-vous regardé le travail de votre prédécesseur, Demna ?

Bien sûr ! Cette maison est devenue ce qu’elle est grâce aux grands talents qui y sont passés. Ma vision pour Balenciaga doit être personnelle. J’adore le travail de Demna, mais nos cultures et nos expériences sont complètement différentes.

Qu’apporte la couture à une maison ?

Dans une maison comme Balenciaga, la culture de la couture doit se répandre dans toutes les catégories. La même approche, humaine et expérimentale, doit infuser aussi le prêt-à-porter. La haute couture n’a pas de plans ; on aborde chaque vêtement avec un esprit libre.

La couture intéresse une nouvelle génération de clientes. Qu’en pensez-vous ?

Une nouvelle génération perçoit la couture comme une expression personnelle, une extravagance. Ces dernières années, les jeunes générations se sont détachées du discours autour de la minutie et du temps de travail, préférant voir la couture comme un terrain d’expérimentations.

Cristóbal Balenciaga
Cristóbal Balenciaga (1895-1972) photographié en 1952. Bridgeman Images

Comment vous sentez-vous au sein de la maison Balenciaga après un peu plus d’un an à la tête de ses collections ?

J’ai la sensation que cela fait plus d’un an. (Rire.) Il faut être radical dans son point de vue, mais patient dans son approche pour faire adhérer les équipes. Ma vision de Balenciaga ne serait qu’une image sans l’adhésion des équipes, ce qui serait la pire chose. Dans ce sens, cette collection ne rend pas hommage à Cristobal, elle démontre la modernité de Balenciaga.



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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