Marc Bloch, historien et résistant français, entre au Panthéon. (montage) (stéphanie berlu / Ruggero Vanni / getty)






Marc Bloch et Simonne Vidal au Panthéon

Le 23 juin 2026, Marc Bloch et Simonne Vidal entreront au Panthéon. Olivier Lévy-Dumoulin, biographe de l’historien, analyse les raisons pour lesquelles les partis politiques du Rassemblement national se réfèrent souvent à ce résistant.

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Marc Bloch, historien et résistant français, entre au Panthéon. (montage) (stéphanie berlu / Ruggero Vanni / getty)
Marc Bloch, historien et résistant français, entre au Panthéon. (montage) (stéphanie berlu / Ruggero Vanni / getty)

À 21h, le président de la République inaugurera la cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch et Simonne Vidal à Paris. Cet historien a révolutionné son domaine en développant une méthode d’enquête et une approche sociale dans ses travaux. Résistant, il a été fusillé par les nazis en 1944, la même année que son épouse, décédée d’une maladie.

Depuis l’annonce de leur panthéonisation, les hommages se multiplient à travers tout l’échiquier politique. Emmanuel Macron qualifie Marc Bloch de « sentinelle de l’esprit ». Un blog proche de La France insoumise évoque un « héros républicain ». Jordan Bardella se réfère au « grand historien », au « héros de la résistance ». Hommages ou récupérations ? Olivier Lévy-Dumoulin nous livre son analyse.

Franceinfo : Êtes-vous surpris que Marc Bloch fasse l’unanimité parmi la classe politique ?

Olivier Lévy-Dumoulin : Tout le monde se réclame de Marc Bloch maintenant, y compris de façon indue. Depuis plus d’une dizaine d’années, il est cité par Jean-Marie Le Pen, puis par Marion Maréchal-Le Pen, puis par Jordan Bardella. Il n’est pas très compliqué de penser qu’il s’agit d’opportunisme, et qu’ils confondent leur vision de la France avec celle de Marc Bloch. Il écrit textuellement : « Je suis Français, je suis né Français, je ne me reconnais pas d’autres qualités, et rien de mon cœur ne saurait déraciner la France. » En affirmant que c’est dans le cœur que se trouvent les racines, il dit le contraire de ce qu’écrivait Maurice Barrès, cet écrivain adoré par l’extrême droite. Barrès insiste sur le rapport au sol et à la terre, alors que Marc Bloch affirme que n’importe qui est Français s’il le ressent dans son cœur. Quand on ne veut pas examiner le détail de sa conception historique, on peut être d’extrême droite et s’en revendiquer à tort.

Que la France Insoumise se sente proche de Marc Bloch, oui. Il est républicain, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Il a même vécu une jeunesse socialisante… En revanche, il est hostile au communisme pour de nombreuses raisons.

Concernant Emmanuel Macron, la panthéonisation systématique sous ses mandats laisse un peu perplexe. Mais il est notable que l’accent est fortement mis sur la Résistance. Ce n’est peut-être pas uniquement un message opportuniste, mais une volonté de rappeler les bases sur lesquelles la France s’est réconciliée après la Seconde Guerre mondiale.

Échos historiques et mémoriels

En 2015, lors d’un meeting à l’approche des élections régionales, Marion Maréchal déclarait : « Qui n’a pas vibré au sacre de Reims et à la fête de la Fédération n’est pas vraiment français. » La phrase fait écho à celle publiée par Marc Bloch dans L’étrange défaite : « Il existe deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Cette citation a une histoire. La ville de Reims n’est pas un objet de débat. Sa cathédrale n’est plus un monument exclusivement religieux ou royal. Depuis son bombardement par des obus incendiaires allemands en 1914, elle est devenue un symbole d’unité patriotique. Marc Bloch déplorait que la République n’ait pas été capable de susciter des enthousiasmes collectifs pouvant rivaliser avec ceux de l’Allemagne nazie, de l’Italie fasciste ou de la Russie soviétique. Il pense qu’un corps social a besoin de se reconnaître comme tel lors d’occasions particulières. À plusieurs moments de l’histoire, la nation s’est reconnue comme telle. Ainsi, la citation prend une tout autre couleur.

De plus, il écrit pratiquement la même chose dans ses carnets de combattant de 1917. À l’époque, il préférait cette phrase d’un titre très intéressant : « Pourquoi je ne suis pas conservateur. » Bloch montre qu’on hérite d’une histoire, sans avoir besoin de descendre de ceux qui étaient sur le parvis de la cathédrale de Reims, le jour du sacre, pour s’en approprier. La nation est une chose qui se construit continuellement. Évidemment, personne ne peut résumer cela en une citation. Et dans un discours, ça sonne bien de dire : « Ah, il a reconnu que le sacre de Reims, c’était la France. »

Le Rassemblement National et Marc Bloch

Après l’annonce de la panthéonisation du couple, Jordan Bardella mentionnait à nouveau le résistant en 2025 : « Comme le disait le grand historien Marc Bloch : ‘Notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence' », affirmait le président du Rassemblement national. Pourquoi, selon vous, le RN se réfère-t-il souvent à Marc Bloch ?

Il le mentionne par opportunisme. Il sait que c’est une figure révérée par la gauche et respectée scientifiquement. Il est juif, intellectuel, savant, et il pense en termes de nation. En effet, dans cette figure se cache quelque chose qui menace le fonds de commerce de l’extrême droite. Donc, on a deux options. On peut déclarer que la figure est infamante, mais en tant que père de six enfants, combattant de 1914, résistant, et d’ailleurs exécuté, cela ne passe pas. Ils décident alors de le récupérer.

« Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite. »

Rejets du passé et continuité logique

Suzette Bloch, la petite-fille de Marc Bloch et Simonne Vidal, demande que les élus du Rassemblement national ne viennent pas assister à la cérémonie de panthéonisation. Cela vous paraît-il dans la continuité logique du personnage qu’était Marc Bloch ?

Tout à fait. Même si le RN tente de se distancier de son passé. Marc Bloch est celui qui a dit : « Je ne me dirai juif que face à un antisémite. » Je ne crois pas que Marine Le Pen soit personnellement antisémite, mais elle devrait dire : « Aujourd’hui, nous nous inclinons devant la dépouille de quelqu’un qui aurait été rejeté par le passé qui était celui de mon père et de mes
FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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