Jeux Améliorés : entre l'attrait du dopage légal et les risques sanitaires méconnus. El título






Les Enhanced Games : Sport, Dopage et Éthique

À quinze jours de l’événement, malgré la promesse d’encadrement médical formulée par les organisateurs, scientifiques et médecins alertent sur l’impossibilité de quantifier et anticiper les conséquences du dopage.

Un saut dans l’inconnu

Dans deux semaines, une quarantaine de sportifs, athlètes, nageurs et haltérophiles, vont tenter de faire tomber les records du monde lors des Enhanced Games, dimanche 24 mai à Las Vegas. À la clé, une dotation totale de 21 millions d’euros. Tous ont accepté de participer à cette compétition sportive inédite où le dopage est non seulement autorisé, mais encouragé.

En plus de risquer un bannissement des plus grandes compétitions internationales légales, les participants ayant recours au dopage acceptent une « hypothèque » de leur santé, prévient le directeur du pôle Science de l’Agence mondiale antidopage (AMA), Olivier Rabin.

« Ce sont les jeux du cirque romain. On va sacrifier la santé des individus et leur intégrité pour le spectacle et le bénéfice de quelques-uns », développe-t-il, pas du tout convaincu par les promesses formulées par les organisateurs des Enhanced Games. « Personne ne va mourir », a notamment tempéré le professeur Guido Pieles, membre de leur commission scientifique, dans les colonnes du Monde. L’argument central des organisateurs : les substances utilisées sont légales, approuvées et prescrites chaque jour par des médecins à leurs patients. Le mantra est celui énoncé par Dan Turner, directeur de la santé des athlètes aux Enhanced Games : « Ce n’est pas la consommation de ces substances qui est dangereuse en soi, mais leur mauvaise utilisation ».

Les Enhanced Games affirment que leurs athlètes participent à un essai clinique approuvé le 2 février dernier par l’Abu Dhabi Health Research and Technology Ethics Committee (ADHRTC). Le Département de Santé d’Abu Dhabi, contacté par franceinfo : sport, a confirmé l’existence de cette étude dans son registre interne, tout en précisant que celui-ci « n’est pas encore accessible au public ». Les Enhanced Games ont communiqué à franceinfo : sport le numéro de référence de cette approbation (DOH/ADHRTC/2026/230) sans en divulguer le contenu. Depuis cet échange, l’étude est apparue sur le site du Department of Health d’Abu Dhabi avec la mention « approuvée », sans aucun autre détail que le nom du « chercheur principal », le docteur Ravi Kumar Trehan.

La procédure standard, rappelée par l’Organisation mondiale de la santé et l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE), exige un enregistrement public avant le début du recrutement des participants. Or, les athlètes étaient déjà à Abu Dhabi le 25 janvier — huit jours avant la date d’approbation officielle du 2 février. L’étude n’est à ce jour référencée ni sur ClinicalTrials.gov, ni sur aucun registre international accessible, où une description au moins synthétique du protocole médical doit figurer. Ce dernier est supervisé par le Sheikh Shakhbout Medical Center (SSMC), l’un des principaux centres de médecine de longévité de la région.

Une transparence remise en question

La raison avancée par les Enhanced Games dans leur refus de dévoiler la liste des substances administrées à leurs athlètes, ainsi que leur dosage, est de ne pas encourager les sportifs amateurs à reproduire une « formule miracle » sans le moindre encadrement. « Les dosages individuels ne seront jamais divulgués », précise l’organisation dans une vidéo promotionnelle publiée en février 2026. Chaque protocole est construit sur mesure, en fonction de la biologie de chaque athlète et de sa discipline. » Les Enhanced Games insistent sur leur volonté de protéger les participants et précisent que tous sont soumis à une batterie de tests médicaux « rigoureux » avant même d’être autorisés à prendre part à la fois à l’essai clinique et à la compétition.

Une seule « fuite » a permis d’obtenir des exemples de substances utilisées par les athlètes. James Magnussen, nageur australien et ancienne gloire du crawl, a révélé au Sydney Morning Herald avoir consommé un cocktail de plusieurs substances lors de sa première tentative de record du monde du 50 m nage libre en 2025 : de la testostérone, des peptides (dont de la thymosine), deux substances aux statuts réglementaires pour le moins incertains — le BPC-157 et le CJC-1295 — mais aussi de l’ipamoréline, qui provoque la sécrétion de l’hormone de croissance. Résultat : une transformation physique spectaculaire mais une tentative de record du monde avortée à cause d’une glisse bien moins efficace avec 20 kg de muscle en plus. Si cette tentative est antérieure au début de l’essai clinique validé cette année, elle donne un aperçu inquiétant des éventuels protocoles, d’après plusieurs spécialistes.

Pour Martin Chandler, chercheur à l’université de Birmingham interrogé par The Guardian, le BPC-157 et l’ipamoréline n’ont fait l’objet que d’« essais cliniques très limités sur l’humain ». Cette dernière n’est pas disponible en pharmacie. Elle apparaît toujours dans une liste de substances pouvant présenter des « risques importants pour la sécurité » sur le site de la Food and Drug Administration (FDA), l’administration qui gère le suivi des médicaments aux États-Unis.

Les risques du dopage et ses conséquences

De leur côté, les Enhanced Games assurent pourtant que « toutes les substances utilisées dans l’essai clinique sont légales, testées sur l’homme et approuvées pour une utilisation aux Émirats arabes unis et aux États-Unis conformément aux directives de la FDA ». Pourtant, cette même FDA relève qu’une étude a « mis en évidence des effets indésirables graves, y compris des décès, lors de l’administration intraveineuse d’ipamoréline pour améliorer la motilité gastrique » et rapporte ne pas disposer « d’informations suffisantes pour savoir si le médicament serait nocif s’il est administré à l’homme par d’autres voies d’administration ».

Olivier Rabin, qui supervise la recherche à l’Agence mondiale antidopage, rappelle que « dans le cadre du dopage, vous êtes chez des individus sains qui n’ont aucune justification thérapeutique pour prendre des substances pharmacologiquement actives ». Pour lui, trois paramètres entrent en ligne de compte pour tenter de mesurer l’impact des substances dopantes sur la santé des athlètes : la durée et le dosage d’administration, la susceptibilité individuelle — « nous ne sommes pas tous égaux en termes de métabolisme » — et surtout l’effet cocktail.

Sur ce dernier point, il est formel : administrer plusieurs substances en combinaison, c’est naviguer « dans l’inconnu », s’exposer à des effets synergiques et entrer en « terrain miné à court, moyen et long terme », faute d’études disponibles. « Le programme de l’Allemagne de l’Est, ce n’est pas si vieux que ça. Dans les années 1970 et 80, vous avez eu des prises relativement massives de stéroïdes anabolisants qui ont développé tout un ensemble de pathologies du foie, de cancers et même des cas de changements de sexe », rappelle Olivier Rabin.

Martine Duclos, endocrinologue spécialisée dans le sport et auteure d’une étude de référence sur les effets des substances dopantes publiée en 2012, dresse un tableau encore plus complet. Les stéroïdes anabolisants « induisent une mort neuronale » et provoquent des « atrophies touchant toutes les zones du cerveau, avec des conséquences d’autant plus importantes en fonction de la durée d’utilisation, et qui ne disparaissent pas avec l’arrêt des stéroïdes ». S’y ajoutent des effets vasculaires — athéroscléro
FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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