Plainte contre Deliveroo et Uber : Des conditions de travail indignes ?

Le 23 avril 2026 à 06h30, des associations d’aide aux livreurs de repas ont déposé une plainte pénale pour « traite d’êtres humains » visant les plateformes Deliveroo et Uber Eats. Cette plainte, connue pour sa portée significative, est également assortie d’une menace d’action de groupe au civil pour « discriminations », selon les déclarations de leur avocat.
« Le modèle économique repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie », affirme Me Thibault Laforcade, évoquant une démarche « inédite » en France.

La plainte contre le britannique Deliveroo et le géant américain Uber, déposée mercredi auprès de la procureure de la République de Paris est portée par la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, et les associations d'aide aux livreurs AMAL et Ciel.
La plainte est portée par la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, et les associations d’aide aux livreurs AMAL et Ciel. Tada Images – stock.adobe.com

Cette action judiciaire fait suite à des conditions de travail jugées « indignes » dénoncées par plusieurs organisations, mettant en avant un système reposant sur la précarité de travailleurs majoritairement immigrés. Les plaignants affirment que les plateformes profitent de la vulnérabilité de ces travailleurs pour réaliser d’importants bénéfices.

Le communiqué d’Uber Eats réagit en déclarant que « cette plainte, que nous apprenons par voie de presse, ne repose sur aucun fondement ». De son côté, Deliveroo conteste « vigoureusement les intentions qui lui sont prêtées » et rejette « fermement toute assimilation de son modèle à une situation d’exploitation ou de traite des êtres humains ».

Une réalité préoccupante pour les livreurs en France

Entre 70.000 et plus de 100.000 livreurs sont recensés en France. Selon une enquête menée en 2025 par Médecins du Monde (MdM) et plusieurs centres de recherche, 98 % des livreurs sont nés à l’étranger, et 64 % d’entre eux ne possèdent pas de titre de séjour. En moyenne, ils travaillent 63 heures par semaine pour un salaire brut de 1.480 euros mensuels. D’après Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de projet à la Maison des livreurs à Bordeaux, certains livreurs « parcourent 15 ou 20 km à vélo pour trois euros net ». Deliveroo affirme appliquer un accord d’avril 2023 garantissant aux livreurs un revenu horaire minimum de 11,75 euros.

Les plaignants soulignent que les livreurs, « totalement dépendants », sont « contraints d’accepter n’importe quelles conditions de travail ». En collaboration avec Médecins du Monde, ils ont également mis en demeure Uber Eats de cesser des « discriminations », sous peine d’engager une action de groupe. Cette discrimination concerne non seulement la vulnérabilité économique mais aussi une « discrimination algorithmique », c’est-à-dire l’attribution des courses et la fixation des tarifs par un système automatique opaque.

Si aucune réponse satisfaisante n’est formulée dans un délai de 30 jours, l’action de groupe sera portée devant le tribunal judiciaire de Paris. Si la responsabilité de la plateforme est reconnue, les livreurs pourront rejoindre le groupe et bénéficier de la réparation décidée par le juge, avec l’objectif de créer une jurisprudence. Le coordinateur de la Maison des livreurs évoque le sentiment d’impunité des plateformes, déplorant qu’« elles n’ont pas de cadre légal », et appelle à un « changement réglementaire ».



SOURCE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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