Couverture du livre "Le temps des bêtes féroces" de Victor del Árbol. (Editions Actes Sud)



Capitalisme décomplexé, déterminisme social, adolescence meurtrie, enfance volée… le roman noir s’attaque, avec beaucoup de courage et de lucidité, aux grands sujets de société. Tour d’horizon avec sept auteurs et autrices inspirés.

« Le temps des bêtes féroces » de Victor del Árbol : tant qu’il y aura des hommes

« Pendant des années, il avait participé avec son vieil ami Petrucci à des sortes de safaris où les proies n’étaient ni des éléphants ni des girafes, mais des humains ». Victor del Árbol continue de sonder les noirceurs de l’âme humaine. L’écrivain espagnol n’a même pas besoin de solliciter son imagination pour nourrir son œuvre crépusculaire, traversée par des bribes d’humanité. Les safaris humains ont bien existé en ex-Yougoslavie. Des hommes riches ont payé pour tuer des civils, se muant en snipers protégés par leurs statuts et richesses. Le temps des bêtes féroces, thriller complexe et tentaculaire, commence par un délit routier, une jeune cycliste percutée volontairement par une voiture, pour ensuite prendre des directions inattendues. Victor del Árbol porte un regard sans concession sur la société moderne et le capitalisme décomplexé avec ses prédateurs et ses victimes. Dans cette arène d’ambitions insatiables, figure une équipe d’estropiés réparateurs de torts. Et c’est grâce à eux que l’on ne désespère pas du genre humain. Indispensable.

« Le temps des bêtes féroces », Victor del Árbol, traduit par Alexandra Carrasco, éditions Actes Sud, 395 pages, 23,80 euros

Couverture du livre "Le temps des bêtes féroces" de Victor del Árbol. (Editions Actes Sud)
Couverture du livre « Le temps des bêtes féroces » de Victor del Árbol. (Editions Actes Sud)

« La colline » de Mathilde Beaussault : Monroe et les autres

Mathilde Beaussault ne connaît pas le complexe du second roman. Après le remarquable et remarqué Les Saules, salué par la critique et récompensé par de nombreuses distinctions dont le Grand Prix de littérature policière 2025, l’écrivaine bretonne revient avec un roman choral âpre, rude, charnel. « Un grand merci à ma sœur Frédérique, sage-femme. Ce récit a pris naissance grâce aux mots dans lesquels tu as enveloppé ce petit, jeté dans une poubelle rennaise », écrit-elle dans ses remerciements. De ce drame, elle en fait un livre poignant, suffocant, qui dit la détresse d’une partie de la population. Édouard, vieil homme à la retraite, descend la poubelle sur injonction de sa femme Mireille. Dans la benne, il entend un bruit aigu. Qui a bien pu jeter un bébé dans la benne commune ? Pourquoi ? Comment arrive-t-on à une telle extrémité ? La police se saisit de l’affaire. Et il y a Monroe, dix-sept ans, qui se vide de son sang et n’arrive pas à ramasser sa vie fracassée. Sa seule oasis, la maison de sa grand-mère sur la colline. La Colline, roman social noir intense et bouleversant. Profond et addictif. Coup de cœur.

« La colline », éditions du Seuil, 334 pages, 19,90 euros

Couverture du livre "La colline" de Mathilde Beaussault. (Editions du Seuil)
Couverture du livre « La colline » de Mathilde Beaussault. (Editions du Seuil)

« Avant que tombe la nuit » d’Eva Björg Ægisdóttir : jamais sans sa sœur

« Cher Hebdo, Merco pour ton magazine, que j’adore. J’aimerais correspondre avec des garçons ou des filles âgés de treize à seize ans. Moi, j’ai quinze ans, j’aime beaucoup l’art et le cinéma. Avec mes remerciements, Kristin Karverlsdóttir ». Marsi, 14 ans, entretient une correspondance secrète avec un garçon qui vit à l’autre bout du pays, sous l’identité de sa sœur Stína, de deux ans son aînée. Le jour de la rencontre avec son mystérieux amoureux, Marsi n’a pas pu se rendre au rendez-vous. Sur place est retrouvé l’anorak de sa sœur taché de sang. Stina est introuvable. La disparition hante toute la famille, Marsi vit dans la culpabilité. Quand elle reçoit, dix ans plus tard, une lettre de son ancien correspondant, le temps se rétrécit et le passé revient exiger son dû. Dans ce roman psychologique où tout le monde ment, Eva Björg Ægisdóttir laisse exploser tout son talent de conteuse et de marionnettiste. L’autrice islandaise multiplie les fausses pistes et enchaîne les rebondissements avec maestria. Avant que tombe la nuit, un page-turner captivant.

« Avant que tombe la nuit », Eva Björg Ægisdóttir, traduit par Ombeline Marchon, éditions de La Martinière, 416 pages, 21,90 euros

Couverture du livre "Avant que tombe la nuit" d'Eva Björg Ægisdóttir. (Editions de La Martinière)
Couverture du livre « Avant que tombe la nuit » d’Eva Björg Ægisdóttir. (Editions de La Martinière)

« Dernier sanglot » de Danielle Thiéry : le cri de Jimmy

« Jimmy se vit tout à coup tel qu’il était : seul et stupide dans sa combinaison intégrale et imperméable siglé « TCS », ganté et botté comme un astronaute, son masque à cartouche autour du cou ». Jimmy Liergue travaille pour la société Clean Total Services, chargée de nettoyer des scènes de crime ou des lieux laissés à l’abandon. Ce matin à Blainville, en région parisienne, le portail d’une maison lui résiste. Il enjambe le muret et a droit à un « Diogène », des propriétaires qui gardaient tout et accumulaient. À l’écart, dans un sous-sol, « des cadavres le contemplaient ». Tout le passé remonte à la surface, Jimmy est submergé par des souvenirs traumatiques. Pour mener l’enquête, la commissaire Edwige Marion, personnage récurrent de Danielle Thiéry. Sa première enquête, Le sang du bourreau, remonte à trente ans. Cette fois-ci, elle est confrontée à des décisions difficiles et irrémédiables, à des dilemmes existentiels. Une histoire qui peut sonner le glas de la carrière d’Edwige Marion. Danielle Thiéry, première femme commissaire divisionnaire en France en 1991, plonge ses nombreux lecteurs dans une affaire complexe et t
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By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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