Chez Dries Van Noten et Ann Demeulemeester, la mélancolie juvénile renaît dans l'esthétique






40 ans des Six d’Anvers

Alors que le MoMu d’Anvers s’apprête à célébrer les 40 ans des Six d’Anvers, Julian Klausner chez DVN et Stefano Gallici chez Demeule réactualisent leurs esthétiques pour une génération qui n’a pas connu la révolution que fut la mode belge.

C’était il y a quarante ans. Six ex-étudiants en mode de l’Académie royale d’Anvers unissaient leurs forces pour présenter leurs créations à Londres, et se faisaient remarquer par la presse internationale. Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dries Van Noten, Dirk Van Saene et Marina Yee devenaient alors les Six d’Anvers et, chacun à leur manière, allaient façonner la mode contemporaine. À partir de ce 28 mars et jusqu’au 17 janvier 2027, le MoMu d’Anvers célébrera les quarante ans de cette épopée belge et créative à nulle autre pareille.

Qu’en reste-t-il ? Van Beirendonck, le dernier en activité, défile toujours mais dans une relative confidentialité durant la Fashion Week de l’homme. Bikkembergs a vendu sa marque dont on n’entend plus beaucoup parler. Van Saene s’est reconverti dans la céramique après le Covid. Yee est décédée en novembre dernier. Enfin, Dries Van Noten et Ann Demeulemeester ont pris leur retraite des podiums et participent au choix de leurs héritiers qu’ils continuent d’ailleurs de conseiller d’après les rumeurs.

Les Six d'Anvers
De gauche à droite, Marina Yee, Dries Van Noten, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dirk Bikkembergs et Dirk Van Saene en 1986 deviennent les « Six d’Anvers » Karel Fonteyne

Un « DVN » 2026 différent mais qui a su garder sa poésie

Chez Dries Van Noten, le directeur artistique, Julian Klausner, qui fut le bras droit du fondateur, a été nommé en décembre 2024. Mercredi dernier, il présentait sa collection de l’hiver 2026 au lycée Carnot. Ce lieu a son importance, « Dries » lui-même y a produit certains de ses plus beaux défilés. Pour toutes celles et ceux qui ont tant aimé l’univers du Flamand, il est tentant de comparer l’élève et son maître. C’est pourtant ce qu’il ne faut pas faire, les marques (quel que soit leur passé) n’ont certes pas intérêt à oublier leurs clients d’hier mais doivent, pour leur survie, parler à la génération d’aujourd’hui. Quel meilleur endroit pour cela qu’un lycée ?

Dries Van Noten hiver
Dries Van Noten hiver 2026-2027 Dries Van Noten

Klausner et son équipe se sont justement inspirés de cette période si particulière de la vie : « Nous avons tous été replongés dans les émotions de l’adolescence au lycée – un processus en cours en constante évolution. Ce sentiment est si familier et transculturel : vulnérabilité et confiance, confusion et clarté. Un uniforme scolaire personnalisé, un pull usé. Des vêtements qui vous façonnent, dans lesquels on se sent bien ». Ce que l’on retrouve dans le très beau duffle-coat qui ouvre le show, les vestes à blason de schoolgirl, ou encore la jupe faite à partir d’un jean portée avec une chemise-cravate d’uniforme scolaire anglais.

Dries Van Noten hiver
Dries Van Noten hiver 2026-2027 Dries Van Noten

Mais Klausner a le bon goût de donner à ces références une dimension flamande plus culturelle puisqu’il cite aussi deux natures mortes d’Adriaen Coorte des années 1680, dont les fleurs et les insectes colonisent les broderies baroques or et argent des vestes de travail et des manteaux sans manches, ou encore les jacquards opulents associés à des mailles sobres sur des jupes droites longues et des bombers.

Les générations précédentes (dont nous faisons partie) ont aimé Dries Van Noten pour son toucher de styliste exceptionnel. Si on ne retrouve pas cette évidence dans les silhouettes de Julian Klausner, il y a en tout cas un vrai point de vue sur ce que doit être la marque aujourd’hui et demain. Quelques jours après le show, on regardait les images à nouveau, se laissant séduire par ce DVN 2026, différent mais qui a su garder l’essence même du créateur anversois : sa poésie.

Rimbaud et Patti Smith

Ann Demeulemeester a, elle, quitté sa marque en 2013 mais a régulièrement collaboré avec Claudio Antonioli qui rachetait l’entreprise en 2020 (c’est elle, par exemple, qui en a créé les parfums il y a trois ans). Depuis son départ, la maison a connu trois DA, des hauts et des bas… Stefano Gallici a été stagiaire sous l’ère d’Ann avant de prendre les rênes du studio en 2023. Cette saison, à 29 ans, il faisait défiler au Réfectoire des Cordeliers, sa collection intitulée « Chères pensées de la nuit ».

Défilé Ann Demeulemeester
Défilé automne-hiver 2026-2027 Ann Demeulemeester. Valerio Mezzanotti

Quelques secondes avant que ne commence le show, le jeune homme aux yeux couleurs menthe à l’eau nous racontait le cheminement créatif derrière ce vestiaire de l’hiver 2026 : « J’ai poursuivi mon travail sur les vestes napoléoniennes de ma collection précédente et qui sont devenues une tendance sur les réseaux sociaux. Non pas que je veuille surfer sur la tendance, mais je crois, en tant que designer, davantage à une évolution personnelle qu’à une révolution de chaque saison ».< FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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