Le 5 octobre 2012, Lesley Groff, l'assistante de Jeffrey Epstein, lui envoie une liste de personnes à voir à Paris. (Franceinfo)






Les Agissements de Jeffrey Epstein à Paris

Un appartement de 800 mètres carrés, situé 22 avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris, estimé à 8,6 millions de dollars. C’est dans cette somptueuse propriété que Jeffrey Epstein a pris ses quartiers dans la capitale, à partir de 2001. Un port d’attache en Europe où le multimillionnaire se rendait plusieurs fois par an, voire par mois, jusqu’à son arrestation en 2019 pour trafic sexuel de mineures, à son retour aux États-Unis d’un énième voyage à Paris.

Les millions de documents publiés par le ministère de la Justice américain, le vendredi 30 janvier, donnent un aperçu des personnes rencontrées par le pédocriminel à Paris au cours des décennies 2000 et 2010. Sachant qu’il n’a pas pu s’y rendre en 2009, lorsqu’il était incarcéré aux États-Unis pour trafic de prostituées mineures. Les mails consultés par franceinfo ne permettent pas de connaître la teneur précise de ces entrevues parisiennes et aucun de ces documents n’implique les personnes citées dans les crimes sexuels de Jeffrey Epstein. À ce jour, l’enquête judiciaire ouverte en France en 2019 pour « viols sur mineurs de plus de 15 ans » et « harcèlement sexuel » est close depuis le suicide en prison de l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel, en 2022. Proche de Jeffrey Epstein, ce Français était accusé de viols par plusieurs anciens top models. Mais lundi 9 février, l’ONG Innocence en danger a demandé la réouverture d’une enquête en France sur les agissements du financier américain.

Un Réseau de « Réseautage » à Paris

Que faisait donc Jeffrey Epstein dans la Ville lumière ? Les échanges de mails avec son assistante Lesley Groff en donnent un très large aperçu. Paris semblait être pour le multimillionnaire la capitale du « réseautage » européen. Avant chaque voyage, il établissait avec son assistante une liste de « personnes à voir à Paris ». Celle-ci tentait ensuite de fixer des rendez-vous avec les personnes citées. Une fois l’agenda établi, elle envoyait un mail récapitulatif à son patron avec la date, l’heure et le lieu des entrevues, sans en préciser l’objet. Nombre de ces rendez-vous se sont déroulés dans l’appartement du financier américain.

A titre d’exemple, le réalisateur Michel Hazanavicius était invité à se rendre dans son appartement en mars et mai 2012. « Je l’ai rencontré deux fois personnellement, et une fois à un dîner avec une vingtaine de personnes, dont Woody Allen », a affirmé le réalisateur oscarisé dans L’Humanité. « Je ne connaissais évidemment pas son comportement de prédateur. Ces rencontres se sont passées à Paris au moment de la folie de The Artist, qui venait d’obtenir des Oscars. Nous étions alors les coqueluches d’Hollywood, et avons à cette époque rencontré beaucoup de personnalités. »

David Stern, l’homme qui semble avoir été l’intermédiaire entre le prince Andrew et le pédocriminel, selon la BBC, est lui aussi noté à l’agenda pour un « rendez-vous à l’appartement de Paris », le 11 septembre 2015. Deux mois plus tard, Desmond Shum, un homme d’affaires hongkongais, est à son tour convié à un déjeuner dans la demeure du financier. Quelques jours avant l’arrestation du pédocriminel, un rendez-vous à domicile avec Anas Alrasheed, ancien ministre de l’Information du Koweït, est également noté à l’agenda, le 19 juin 2019.

Un Maillage de Personnalités Influentes

Personnalités politiques, du monde de la culture ou des affaires… Ce maillage est représentatif de la façon dont Jeffrey Epstein tentait d’étendre son réseau. L’accroissement continu de sa sphère d’influence semble avoir été facilité par certains de ses contacts parisiens. Parmi eux, Caroline Lang, la fille de Jack Lang, contraint cette semaine de démissionner de l’Institut du monde arabe à la suite des révélations sur ses liens avec Jeffrey Epstein. L’ex-ministre socialiste de 86 ans est visé, avec sa fille, par une enquête du Parquet national financier (PNF) pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ».

Caroline Lang a affirmé à France Télévisions avoir rencontré l’homme d’affaires autour de 2012, via un couple d’amis en commun : Woody Allen et Soon-Yi Previn. Elle a été reçue avenue Foch, le 12 mai 2012, selon un mail récapitulatif, et assure à France Télévisions qu’elle ne soupçonnait « absolument pas » les crimes sexuels commis par Jeffrey Epstein.

En 2014, la productrice cherche à organiser un rendez-vous avec Dominique Strauss-Kahn, qui figurait déjà en mai 2012 dans la liste de Jeffrey Epstein. L’affaire du Sofitel est passée par là et l’ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) est alors dans l’attente de son procès pour « proxénétisme aggravé en réunion », dans l’affaire du Carlton de Lille. L’entrevue, prévue le 30 juin 2014 au Royal Monceau à Paris, est finalement annulée. Impossible de savoir si les deux hommes se sont un jour rencontrés.

Les Liens avec le Monde des Affaires

À Paris, Jeffrey Epstein entretenait aussi son réseau d’affaires. Gianni Serazzi, un entrepreneur italien spécialisé dans le luxe, Ugo Brachetti Peretti, un dirigeant pétrolier italien, ou encore Ian Osborne, un milliardaire britannique, mis en cause dans les Panama papers, font partie du cercle qu’il souhaitait voir lors de ses séjours.

D’autres businessmen des pays du Golfe sont également présents, comme Sultan Ahmed bin Sulayem, un Émirati. Le 28 septembre, Jeffrey Epstein lui écrit : « Je vais déjeuner avec Jabor Al Thani. Le connaissez-vous ? » Il s’agit vraisemblablement de Jabor Yousef Jassim Al Thani, avec qui il a échangé plusieurs mails. Cet homme d’affaires est membre de la famille royale qatarie, dont Jeffrey Epstein semblait proche. En 2018, il invite par SMS l’idéologue d’extrême droite et ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, à un déjeuner à la « maison à Paris de HBJ », surnom de Hamad ben Jassim Al Thani, ancien Premier ministre du Qatar.

Une autre relation d’affaires, avec la banquière Ariane de Rothschild, s’est, elle, transformée en relation personnelle. La patronne franco-allemande du groupe bancaire suisse Edmond de Rothschild lui a été présentée par l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Olivier Colom, en juin 2013. Lui-même avait été recommandé à Jeffrey Epstein en 2011 par le diplomate norvégien Terje Roed-Larsen. Interrogé par Mediapart, Olivier Colom a soutenu n’avoir jamais « eu connaissance de rien de ce qui a été révélé par l’arrestation de ce criminel en 2019, en dehors de sa condamnation passée. J’ai été abusé et je le regrette vivement. »

De son côté, le groupe Edmond de Rothschild déclare auprès du Monde qu’« Ariane de Rothschild n’avait aucune connaissance du comportement personnel de M. Epstein et condamne les crimes dont il s’est rendu coupable ».

Relations avec le Milieu Artistique et Scientifique

Mentionnée aux côtés de Caroline Lang dans une liste de « numéros de téléphone importants » à Paris, destinée aux assistants de Jeffrey Epstein, Ariane de Rothschild organise à son tour des rendez-vous pour l’homme d’affaires. Dans un mail daté du 12 février 2014, elle lui propose de dîner le lendemain au restaurant L’Ami Louis à Paris, avec Terje Roed-Larsen et son conseiller politique d’alors, le diplomate français Fabrice Aidan. D’après les révélations de Radio France, « ce secrétaire des Affaires étrangères pour l’Orient, en poste depuis vingt-cinq ans pour le quai d’Orsay, a échangé des dizaines de mails directs et parfois familiers avec Jeffrey Epstein », entre 2010 et 2017. Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, a annoncé mardi 10
FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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