Hasan Hadi, le 9 septembre 2025, à Toronto, au Canada. (GARETH CATTERMOLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA VIA AFP)






Hasan Hadi et son film « Le Gâteau du président »

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Ce mercredi 4 février 2026, le réalisateur irakien Hasan Hadi nous parle de son film Le Gâteau du président, qui sort aujourd’hui.

Publié – Temps de lecture : 5 min

Hasan Hadi, le 9 septembre 2025, à Toronto, au Canada.
Hasan Hadi, le 9 septembre 2025, à Toronto, au Canada. (GARETH CATTERMOLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA VIA AFP)

Hasan Hadi est un réalisateur irakien, connu pour avoir écrit et réalisé le film Le Gâteau du président, couronné de la Caméra d’or au 78ᵉ Festival de Cannes en 2025. Pour la première fois, un film irakien reçoit un prix dans ce prestigieux festival. L’histoire nous plonge en Irak, en 1990, lorsque des sanctions sévères de l’ONU ont plongé le peuple irakien dans une grave crise alimentaire et sanitaire. Une tradition instaurée par le dictateur Saddam Hussein a perduré : celle de désigner un enfant dans chaque classe et école pour réaliser le gâteau d’anniversaire du président. À cette occasion, nous faisons la connaissance de Lamia, une petite fille qui sera tirée au sort par son professeur le 26 avril 1990.

Le récit d’une histoire vraie

franceinfo : Ce film n’est pas une fiction, c’est une histoire vraie que vous avez vécue vous-même, même si vous n’avez jamais été désigné pour le gâteau. Était-ce important de trouver la bonne histoire pour raconter ce qui est difficilement racontable ?

Hasan Hadi : C’était vraiment un moment très crucial de l’histoire de l’Irak. Quinze ans de sanctions, de dictature et de guerre, mais personne n’a vraiment exploré ça au cinéma, et ça m’a beaucoup étonné. Pour mon premier film, j’ai essayé de me pencher sur des personnages et des lieux que je connaissais. Oui, c’est une histoire racontée du point de vue d’un enfant.

Un accès à la cinéphilie clandestine

Vous n’avez jamais mis les pieds dans un cinéma durant toute votre enfance parce que les cinémas étaient fermés. Comment aviez-vous accès aux films ? Comment est venue cette envie de faire du cinéma ?

J’achetais des vidéos clandestines et, quand j’étais à la maison, j’essayais de les regarder lorsque ma famille dormait. Nous n’avions qu’un magnétoscope, donc je jouais des cassettes. Cela m’ouvrait un monde complet. C’était un mélange de Tarkovski, de Godzilla, de Kurosawa, et tout ce qu’il y avait au milieu. C’était très atypique, mais j’ai développé une passion pour la cinéphilie.

« J’ai eu une flamme en moi qui faisait que je restais éveillé pour ensuite partager mes impressions sur les films. »

À cette époque, je ne savais pas forcément que je voudrais être réalisateur, je savais juste que j’aimais regarder des films.

L’importance du point de vue enfantin

On découvre la puissance de ces enfants dans ce film. Était-ce important de montrer cette histoire du point de vue de ces enfants, avec toute leur insouciance, leur naïveté et surtout leur courage ?

Oui, parce que l’idée était de transporter le public en 1990 pour leur montrer ce qu’était la vie en Irak dans ces conditions-là. C’était le point de vue le plus objectif pour montrer comment était la vie quotidienne, sans point de vue politique. À l’époque où se situe le film, c’était vraiment comme dans un trou noir, on ne savait pas vraiment ce qui se passait en Irak, en raison du boycott de la communauté internationale et d’un dictateur violent qui nous séparait du reste du monde.

Une enfance marquée par la guerre

À quoi ressemblait cette enfance alors ?

On se cachait beaucoup sous les escaliers et on se réveillait au son des sirènes. On devait être en état d’hypervigilance en permanence. En tant qu’enfant, on a ce pouvoir incroyable de tout transformer en jeu. Par exemple, sur le trajet de l’école, je jouais avec les fresques de Saddam. Je me disais, « il ne sourit pas, il est en colère contre moi ». Nous avons cette capacité, quand nous sommes enfants, à supporter la tragédie et le danger.

Chaque matin, un texte arrivait dans la cour d’école et il était lu par l’un des enfants. « Ils vaincront par leur sang et par leur âme. Pour Saddam, par notre sang, par notre âme. Nous nous sacrifions pour toi Saddam. » Est-ce que ces termes-là peuvent être oubliés ?

On peut essayer d’oublier, mais je pense que les traces resteront toujours d’une certaine manière. Ça peut sembler idiot, mais en réalité, c’est quelque chose avec lequel nous devons constamment composer.

« Il faut un temps fou pour reconstruire une nation et la libérer des traces de la dictature et des impacts que cela a eu sur la société. »

Un message d’espoir

Le désespoir a toujours cette petite lumière qui l’attend au bout du tunnel. Le but était de créer un film d’espoir ?

Oui, en arabe, il y a une expression qui dit que la vie est très étroite s’il n’y a pas d’espace pour l’espoir. C’est vraiment le message du film. J’espère que le public qui regardera ce film comprendra que, malgré tout, on peut trouver la joie et une façon d’avoir de l’espoir pour l’avenir.



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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