Les brebis galeuses à l'épreuve de l'élection présidentielle. El título no debe incluir






Les « brebis galeuses » et leur utilisation politique

Une expression est revenue sur le devant de la scène, cette semaine, à cause des déclarations scandaleuses d’un policier municipal de Carcassonne, exclu du RN : les « brebis galeuses ». D’où vient cette formule si souvent utilisée par des dirigeants du RN et pourquoi colle-t-elle aujourd’hui à ce parti ?

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En politique, les "brebis galeuses" remontent au XVIIe siècle. (ZAK00 / DIGITAL VISION VECTORS / GETTY IMAGES)
En politique, les « brebis galeuses » remontent au XVIIe siècle. (ZAK00 / DIGITAL VISION VECTORS / GETTY IMAGES)

« Brebis galeuses » est une très vieille expression. Elle ne remonte pas jusqu’à la Bible, car dans ce texte les bêtes malades du troupeau doivent être soignées par le bon berger, et les brebis égarées ramenées dans le cheptel. Non, c’est une expression française, sans doute même liée à une vision organique de la nation. Elle remonte au XVIIe siècle.

Une des toutes premières occurrences se trouve dans le journal d’Héroard, le médecin du jeune roi Louis XIII, en 1610 : « Et qu’ils étaient incorrigibles, que c’étaient brebis galeuses, et qu’il les faudroit renvoyer en leurs maisons. » Elle entre dans les dictionnaires à la fin du XVIIe siècle, déjà reprise par des écrivains.

Au début du XXe siècle, Joseph Caillaux l’utilisait dans ses mémoires pour critiquer les républicains corrompus qu’il aurait fallu écarter du pouvoir. Plus près de nous, l’UDR l’a utilisée pour dénoncer ceux de ses membres qui étaient impliqués dans des scandales económico financiers à la fin des années 1960 et au début des années 1970 : l’affaire de la Garantie foncière et le scandale des « chalandonnettes ».

Sous François Hollande, lors de l’affaire Cahuzac, Laurent Wauquiez l’utilise pour dénoncer les hommes politiques indélicats. À ce moment, « brebis galeuses » n’avait rien à voir avec le racisme. Les questions économiques et fiscales jouaient davantage.

La question du Front national était différente à cette époque. En effet, longtemps ce parti entier a été considéré comme la brebis galeuse de la vie politique française. Avec Marine Le Pen à sa tête, il cherche à se dédiaboliser. Et dès 2013, un candidat frontiste qui avait menacé de mort sa femme est exclu et désigné comme une brebis galeuse. L’année suivante, Florian Philippot, le plus proche conseiller d’alors de Marine Le Pen, utilisait de nouveau la formule pour fustiger un membre du FN négationniste.

Cette logique se renforce avec l’élection présidentielle de 2017. Marine Le Pen systématise sa stratégie de dédiabolisation. C’est à cette occasion que des élus frontistes qui font des déclarations racistes et surtout négationnistes sont systématiquement exclus des rangs ou font l’objet de sanctions de la direction quand les médias sortent des extraits filmés ou des témoignages éloquents. Depuis, cette même logique est revenue souvent. Jordan Bardella en a fait un argument fort pour justifier des exclusions. Cela revient régulièrement, comme si le changement n’imprimait pas vraiment l’identité profonde du RN.

On l’aura compris, l’utilisation politique de cette qualification constitue une belle stratégie pour prendre ses distances face à un scandale. On n’a donc pas fini d’en entendre parler.



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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