Amélie Nothomb, le 26 février 2026, à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)






Amélie Nothomb : le regard d’une romancière

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Le mardi 8 septembre 2026, la romancière belge Amélie Nothomb a publié son nouveau livre, L’adolescence du perroquet, aux éditions Albin Michel. Cet ouvrage permet de découvrir l’évolution d’une auteur au parcours unique dans la littérature francophone.

Temps de lecture : 4 min

Amélie Nothomb, le 26 février 2026, à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)
Amélie Nothomb, le 26 février 2026, à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)

Amélie Nothomb est l’une des voix les plus singulières de la littérature francophone depuis la parution de d’Hygiène de l’Assassin en 1992. Elle construit une œuvre à la fois foisonnante et inclassable où se mélangent l’enfance, le Japon, la mémoire, la faim, l’amour, l’exil et la famille. Avec des ouvrages tels que Stupeur et tremblements, Métaphysique des tubes, Premier sang (couronné par le prix Renaudot), ou encore les livres consacrés à ses parents, elle a transformé sa vie en matière littéraire, sans jamais renoncer à la pudeur.

Dans son 35ᵉ roman, L’adolescence du perroquet, publié le 19 août 2026, Amélie Nothomb nous offre un conte aussi déroutant que bouleversant. La phrase qui accompagne le livre et qui résonne longtemps après l’avoir refermé est : « L’amour n’est pas un dû ». En regardant cette couverture, on ressent une étrange impression ; pendant des années, son chapeau semblait dire : « Regardez mes livres, mais ne me regardez pas moi ».

La rencontre avec le lecteur

franceinfo : Aujourd’hui, vous regardez le lecteur droit dans les yeux. Est-ce qu’à 60 ans, on accepte enfin d’être regardé ?

Amélie Nothomb : Oh mon Dieu ! Je crois que je me suis habituée à l’idée d’être regardée. C’est moins douloureux qu’au début. Les gens me regardent avec bienveillance, je ne sens pas d’hostilité de leur part, donc peut-être que c’est pour ça que j’accepte plus facilement le regard des gens.

Est-ce que ce n’est pas dans votre regard que les choses ont changé ?

Mon regard sur moi-même reste très difficile. Il paraît que quand je me vois dans un miroir, j’ai tout de suite un regard extrêmement différent et beaucoup moins agréable que celui que je peux avoir pour vous, par exemple.

Réflexions sur la liberté

Un oiseau, ça a des ailes, ça vole, c’est libre. On sent que vous êtes attirée par ça.

« L’oiseau est un double idéal puisqu’il est plus libre que nous. »

Amélie Nothomb

La possibilité de voler me fait terriblement rêver. Je me pose la question tous les jours : pourquoi est-ce que je ne vole pas ? En plus, l’oiseau possède le génie de la phonation, tant pour le chant que dans certains cas pour le langage. On ne le sait pas, mais le perroquet est aussi un chanteur. Quand un perroquet veut chanter, cela peut être absolument magnifique, mais il peut aussi repousser par des cris d’une laideur infinie.

Nous voudrions tous avoir ce pouvoir non seulement de voler, mais de moduler notre chant pour qu’il soit le plus beau de tous les chants, ou qu’il mette tous nos ennemis à notre porte.

Acceptation de la vulnérabilité

Longtemps, vous avez donné le sentiment de protéger une part de vous derrière un personnage avec ce fameux chapeau. Aujourd’hui, j’ai l’impression que vous acceptez davantage votre vulnérabilité.

Vous avez raison. Je commence à accepter mes limites. Je me suis récemment autorisée à montrer à certaines personnes que je ne les aimais pas. C’est quelque chose que je n’aurais jamais cru possible, même il y a un an. Mais je réussis à le faire. Il ne s’agit pas d’être grossière ou désagréable, mais il est possible de dire à quelqu’un qu’on va en rester là.

Une regard sur la famille et la réconciliation

Depuis Premier sang et les livres consacrés à votre mère, j’ai le sentiment que vous ne racontez pas seulement votre histoire, vous regardez aussi celle de vos parents avec une immense douceur.

Oui, c’est certain, car je ne me rendais pas compte à quel point je ressemblais à mes parents. On m’avait souvent dit que j’étais le sosie de mon père, ce qui m’agaçait. Jamais on ne m’avait dit que je ressemblais à ma mère, mais lorsque le livre est paru, beaucoup de gens m’ont fait remarquer : « Mais est-ce que vous savez que vous lui ressemblez ? » Cela m’a sidérée, car je voulais ressembler à ma mère. Je suis fière de ressembler à mon père, qui était un homme remarquable, mais je ne pensais pas que j’avais tant d’aspects de ma mère. Cela m’a fait du bien de constater qu’elle vivait aussi en moi.

Évolution des thèmes littéraires

Vous avez souvent écrit sur la faim, le désir, le manque. Aujourd’hui, vos livres parlent davantage d’apaisement.

Oui, ces éléments existent toujours. La faim, le manque, sont présents ; je m’habitue à vivre avec ça. Mes démons sont toujours là, mais je commence à bien les connaître.

Les craintes du monde moderne

Qu’est-ce qui vous fait peur alors ?

L’état du monde me fait peur. L’évolution globale, tant à petite qu’à grande échelle, est inquiétante. La violence prend des visages tellement singuliers et se glisse un peu partout de manière parfois inattendue. Cela me fait très peur.

Un message d’espoir

Alban a cette tendresse, ça dépasse les blessures, les fractures. Il y a une histoire de fantômes dans tout cela. Est-ce aussi une façon de garder espoir ?

C’est en effet une manière de garder espoir. Alban l’exprime clairement : il faut préserver son âme. C’est un message que j’adresse à tous, et à moi-même, c’est très important de préserver son âme. Je m’étonne que cela ne soit pas une obsession plus répandue.

« Certaines personnes n’ont pas l’air de comprendre que la vie telle qu’on la vit aujourd’hui met gravement en danger notre âme. »

Amélie Nothomb

Il ne s’agit pas de considérations mystiques. Il s’agit de ne pas gâcher son âme, de ne pas emprunter des voies violentes et méprisables qui feraient qu’un jour, on ne pourrait plus se regarder dans un miroir.



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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