L’entrée de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA) (Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)






Santé mentale et étudiants vétérinaires

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L’entrée de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA) (Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)
L’entrée de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA) (Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Trois jeunes femmes – deux étudiantes et une enseignante – ont mis fin à leurs jours depuis la rentrée à l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Le père d’une étudiante qui s’est suicidée en septembre demande au Premier ministre des mesures d’urgence.

Il a perdu sa fille. Mais il parle pour les vivants. La cellule investigation de Radio France a recueilli le témoignage du père d’une étudiante qui s’est suicidée en septembre, alors qu’elle venait de débuter son internat. Elle avait effectué l’ensemble de son cursus au sein de la prestigieuse école, qui forme chaque année près de 900 élèves et abrite l’un des plus grands hôpitaux vétérinaires du pays, où plus de 40.000 animaux sont soignés chaque année.

Selon nos informations, depuis la rentrée, trois jeunes femmes – deux étudiantes et une enseignante de cette institution – ont mis fin à leur jour. Dans un courrier adressé mercredi 21 janvier 2025 au Premier ministre Sébastien Lecornu, le père de la jeune femme demande une intervention urgente des pouvoirs publics pour mettre un terme à cet enchaînement mortifère :
« Lorsque mon épouse et moi avons été informés qu’une seconde étudiante avait mis fin à ses jours en tout début d’année, nous avons été à nouveau effarés, anéantis. Malgré notre chagrin, notre douleur et les très nombreuses questions que nous nous posons, il n’est plus possible que nous restions silencieux », peut-on lire dans ce courrier.

Car la détresse psychologique au sein des écoles vétérinaires, à l’instar de celle de la population vétérinaire en général, est aujourd’hui largement documentée, et même chiffrée. Un rapport de mai dernier, commandé par les quatre écoles nationales vétérinaires – Alfort, Lyon, Nantes et Toulouse – dressait un constat « alarmant » selon son auteur, Didier Truchot, professeur émérite à l’université Marie‐et‐Louis‐Pasteur.

Cette étude s’appuie sur un questionnaire anonyme auquel ont répondu près de 1.600 étudiants, soit presque la moitié des effectifs. Les résultats sont glaçants et révèlent une détresse profonde : 15,7 % des répondants – environ 250 étudiants – déclaraient avoir pensé, au cours des quinze jours précédant l’enquête, qu’il vaudrait mieux mourir ou se faire du mal. En cause notamment : la charge de travail, le processus de sélection, la pression.

Auprès de la cellule investigation de Radio France, le père de l’étudiante établit un lien direct entre ces constats et les suicides récents : « Depuis mai, les autorités savent que de nombreux étudiants sont en danger. Qui sont ces 250 étudiants ? Rien qu’à Alfort, trois suicides ont eu lieu, dont celui de ma fille. Il est urgent d’identifier et d’aider ces étudiants qui ont dit vouloir mettre fin à leurs jours. L’État a l’obligation d’agir pour leur sécurité ».

Le père de famille demande la mise en place, en urgence, d’une équipe nationale d’experts en gestion de crise, indépendante des écoles, capable d’aller au contact direct des étudiants trop souvent « silencieux par peur ». « Le ministère de l’agriculture et les directions des écoles ne peuvent traiter seules une telle situation ».

Un message également aux étudiants, « qui sont dans une telle souffrance qu’ils peuvent penser, à tort, qu’ils n’ont pas d’autre issue que le suicide. J’ai envie de leur dire : n’agissez pas ainsi, parce que votre vie est précieuse, et pour ne pas infliger une telle dévastation à ceux que vous aimez ».

Contactée, la direction de l’École vétérinaire d’Alfort explique que « les étudiants de l’école et l’ensemble de son personnel sont bouleversés par les drames qui ont touché des membres de sa communauté ». L’ENVA assure avoir « renforcé ses dispositifs de soutien psychologique », avec des « groupes de parole, des permanences psychologiques et des numéros d’urgence accessibles même la nuit ». Sur les « enjeux systémiques », la direction affirme « chercher à améliorer les conditions d’études » et « proposer des solutions en lien avec les étudiants ».

Interrogée sur ICI Cotentin, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a indiqué qu« Évidemment, s’il y a dans les conditions d’apprentissage des éléments d’explication, il faudra qu’on se penche très sérieusement sur cette situation. Ce n’est pas admissible que des jeunes gens, dans le temps de leur formation, puissent connaître une telle situation de désespoir qui les pousse à un geste fatal. Y a-t-il eu des éléments particuliers dans la vie de ces jeunes qui motivent leur geste ? Est-ce que c’est effectivement lié aux conditions d’apprentissage ? À ce stade, je ne peux rien dire ni mettre en cause qui que ce soit », affirme la ministre.

Lire la réponse complète de l’École nationale vétérinaire d’Alfort aux questions de la cellule investigation de Radio France.

Si vous avez besoin d’aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d’un membre de votre entourage, il existe des services d’écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D’autres informations sont également disponibles sur le site du ministère de la Santé.



FONTE

By Julien Moreau

Je suis journaliste et rédacteur en chef basé en France, avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des médias. Je travaille actuellement comme rédacteur pour un média d’information en langue française, spécialisé dans l’actualité nationale et internationale. Mon objectif est de proposer une information rigoureuse, claire et vérifiée, au service des lecteurs.

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